Le blog politique de Dany Ayida

Le dialogue, c’est ce qu’il y a de plus recommandable lorsque l’on doit régler un problème politique. Qu’une démocratie soit balbutiante ou achevée, il est prescrit aux acteurs d’entretenir des discussions permanentes. C’est par ce moyen que les uns et les autres peuvent exprimer leurs ressentiments, formuler leurs exigences, négocier leurs attentes et bien d’autres questions inhérentes à tout système pluraliste. Mais au Togo, le dialogue a une connotation particulière. Et celui qui est annoncé par le gouvernement UNIR, promu par le Ghana et d’autres pays amis, et pour lequel la coalition de l’opposition s’est prononcé favorablement pose plus de questions qu’il n’y répond. Parce que les conditions ne sont pas réunies pour des discussions constructives et sincères.

Beaucoup d’amis et de camarades n’arrêtent de me poser la question : que proposes-tu quand tu ne sembles pas faire confiance au dialogue annoncé ?

J’ai réfléchi à la question. Elle s’inscrit dans la suite du cheminement politique du pays, tout au moins, depuis la mort d’Eyadema et l’intronisation de son fils Faure. Elle prend appui sur l’Accord politique global de 2006. Elle s’installe sur une vague de mécontentements généralisés dans tout le Togo.

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A mon avis, toute discussion politique au Togo dans le contexte actuel d’extrême défiance ne peut aboutir que si certaines conditions essentielles sont remplies. Certaines sont indispensables comme préalables à l’ouverture d’un dialogue, alors d’autres fixent les modalités de mises en œuvre des décisions issues de ces négociations.

Je les résume en cinq points complémentaires et interdépendants :

  1. Le contenu, les acteurs et l’étendue du dialogue politique : les politiques togolais ont la manie d’engager des échanges autour d’une panoplie de sujets qui ne permettent guère d’adresser efficacement les vraies questions qui bloquent le développement de la démocratie dans le pays. Il faut avant tout s’accorder sur l’orientation à donner à un tel dialogue. Aussi importe-t-il que des voies autorisées et des personnes compétentes soient impliquées et/ou consultées à diverses étapes du dialogue.
  • Le rôle et la place des Forces armées dans le jeu politique : les F.A.T étant au cœur de la crise politique au Togo, il est impérieux d’avoir avec elles des discussions claires, afin de formaliser une entente nationale autour de leur implication dans la vie de la nation. La question de l’alternance et de la gouvernance démocratique au Togo préfigure la réussite de la mise en œuvre du nouveau processus politique. Les officiers supérieurs de cette armée qui ont un rapport particulier avec l’Etat depuis toujours doivent être préparés aux changements qui vont s’imposer.
  • Les mécanismes d’Administration de l’Etat et de gestion des consultations électorales : Depuis toujours, les acteurs politiques togolais se sont servis des négociations politiques comme occasion pour définir les règles des prochaines élections. La cohésion nationale poreuse, le climat de défiance exacerbé sont de nature à discuter de l’implication des parties prenantes dans la gestion des affaires publiques pour une période à déterminer. Il en est aussi des mécanismes pour l’organisation des trois consultations au programme (législatives, municipales et présidentielle) d’ici à 2020.
  • Un mécanisme (international) de coordination et de monitoring de l’application de l’éventuel compromis : Le faible niveau de confiance entre les parties et le fait qu’une composante essentielle de l’Etat fait partie intégrante du problème, obligent à l’adoption d’un mécanisme impliquant des partenaires neutres. La gravité de la crise rend cela inéluctable.

Ces points pourraient ne pas figurer dans l’approche proposée par le facilitateur ghanéen ni dans les documents produits par les deux parties. Mais les ignorer reviendrait à contourner la crise, et non faire face dans une perspective durable.

De plus, je ne crois pas à l’efficacité d’un dialogue classique. La question centrale est: Comment rendre possible l’alternance politique au Togo? Y répondre revient à demander à UNIR à quel prix ce parti accepterait de ne pas truquer les élections et aux FAT à quelles conditions elles arrêteraient de maintenir le clan Gnassingbé à la tête du pays. Ces questions appellent de franches négociations et non un dialogue thématique.

Dany Ayida (mes intimes convictions du 27 novembre 2017)

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