Le blog politique de Dany Ayida

La nature actuelle du problème politique appelle une approche pragmatique qui doit aboutir à la satisfaction des aspirations de changement démocratique incarnées par une très large partie de la population nationale. Cela doit préserver toutefois les fondamentaux de l’Etat et de la société du Togo. Dans cette réflexion, j’esquisse quelques pistes à l’aune des travaux et échanges avec quelques compatriotes engagés, et des actions citoyennes dans lesquelles je suis personnellement actif. Mes pensées s’appuient et étayent quatre paradigmes essentiels.

  1. Le régime UNIR ne fera pas les réformes telles que nous souhaitons
  2. Le changement par ‘’révolution’’ n’est pas la inéluctable
  3. Battre la dictature dans les urnes est une option valable
  4. Nous pouvons mieux user des relations internationales.

UNIR ne fera pas des réformes pour nous faire plaisir

La raison principale de la remobilisation des forces démocratiques depuis fin 2017 a été d’obtenir les réformes politiques. On voulait surtout le retour à la constitution de 1992 et le vote de la diaspora. Ces revendications légitimes ont été celles portées devant la communauté sous-régionale, et lesquelles ont donné lieu à la feuille de route de la CEDEAO d 31 Juillet 2018. Elles n’ont cependant pas abouti.

On se rappelle qu’en réponse à l’opposition politique, le régime avait brandi des projets de réformes identiques à ce qu’avait préconisé la commission pour les réformes politiques dirigée par Mme Awa Nana. Pour ce qui est de la Constitution, les choses sont allées loin, jusqu’à la formulation de propositions par l’expert de la CEDEAO contracté à cette fin par l’entremise des Nations Unies…

A présent qu’UNIR a toutes les cartes en main, et que la CEDEAO est out, il ne faut pas se faire d’illusion. Ils feront les choses à leur manière. Et nous connaissons leur principale prétention : réaliser les réformes qui se rapportent à l’élection du président de la République de manière que leur champion Faure Gnassingbé puisse briguer un nouveau mandat.

La priorité de l’assemblée –marionnette que le pouvoir vient de mettre en place est d’acter ces réformes. Cela fait partie des dossiers urgents sur la table, une fois que ce parlement lourdement dominé par UNIR aura nommé son bureau…

La révolte populaire n’est pas un investissement politique certain

Pendant toute l’année 2018, de nombreux partisans du changement politique ont misé sur le soulèvement populaire (en plus du dialogue). Puisque le régime est si massivement vomi par la population dans tout le pays, et puisque la manifestation du PNP du 19 août avait failli faire décliner le régime Gnassingbé, alors on admet que la solution au problème réside dans le soulèvement. De nombreux discours des tenants de cette ligne ont détaillé l’approche. Pendant de longs mois, la coalition de l’opposition et d’autres acteurs au pays comme à l’étranger ont cru et investi dans ce schéma de lutte. La référence en la matière est ce qui s’est passé au Burkina Faso en Octobre 2014 : le peuple aux mains nues qui fonce sur le pouvoir armée et réussit à faire tomber Blaise Compaoré, l’un des hommes politiques les plus redoutables en Afrique de l’Ouest les 20 dernières années…

Il est normal que des acteurs au Togo continuent à travailler pour affaiblir le pouvoir. Qu’une dynamique de résistance se mette en place avec des moyens d’action conséquents afin de renverser ou tout au moins équilibrer le rapport de forces. Cette démarche cependant serait antinomique avec celle qui consiste à conquérir le pouvoir, dans le cadre d’un processus politique normal. C’est pour cela que les tenants de cette option ne veulent pas entendre parler d’élection.

Mais si la révolte populaire n’a pas marché en 2017 et 2018, qu’est-ce qui prouve qu’elle marcherait en 2019, surtout à présent que le régime semble avoir tout verrouillé sur le plan sécuritaire et celui des libertés publiques?

De la rue et des urnes…

On (nous) reproche d’avoir fait un mauvais calcul en boycottant (inconsciemment) les législatives du 20 décembre. Entre nous soit dit, en refusant de suivre la dictature comme un chien en laisse, la C14 a pris la décision la plus logique qui s’imposait, alors même que la CEDEAO faisait ses bons offices. Il n’était pas question de s’aligner sur le calendrier électoral du pouvoir UNIR lorsqu’il y a un arbitre pour dont le mandat est de rendre le jeu équitable. Mais en même temps, cette opposition-là avait eu tort de bouder d’envoyer ses délégués à la CENI, après l’avoir promis aux chefs d’Etat médiateurs… Bon, tel n’est pas le sujet de la présente réflexion.

Après le 20 décembre 2018, des rendez-vous en vue sont majeurs : la présidentielle en 2020 précédée par les élections locales d’ici à Avril 2019. La question n’est pas de savoir si l’opposition démocratique doit ou non participer à ces élections. Elle se pose autrement : que perd-on en concédant à la dictature et ses alliés les 117 municipalités du pays et en offrant par omission un nouveau mandat à Faure Gnassingbé ? Une telle question se pose après analyse de la capacité des adversaires du régime à « empêcher » les élections législatives passées.

Ma position personnelle est qu’on ne peut ne pas participer à l’un ou l’autre de ces scrutins. Plus que jamais, il faut marquer le jeu politique, par la diversification des actions. Non seulement les partis politiques doivent aller à la conquête du pouvoir mais c’est cet intérêt qui motive les réclamations qu’ils pourraient être amenés à porter dans la rue. La confrontation par les manifestations ne peut constituer le socle de la participation politique.

Le pouvoir est en train de décliner. Nous n’avons pas le droit de lui donner les moyens de sa régénérescence.

Jouer efficacement la carte de la communauté internationale

Après le coup d’effroi de la CEDEAO, plusieurs acteurs togolais (surtout au sein de la nouvelle caste des activistes) ne veulent plus entendre parler de communauté internationale. « Le Togo n’a pas d’amis », « il y a un complot international contre le peuple togolais », « le régime Gnassingbé corrompt tous les dirigeants africains » … sont autant de récriminations qu’on entend et qu’on lit çà et là. Ces positions pourraient être compréhensibles, si on en juge par le niveau des porteurs de ces messages, mais elles paraissent puériles et sans fondement !

La CEDEAO n’a pas décidé de « trahir » le Togo parce que les 14 autres pays auraient quelque grief contre les populations togolaises qui réclament le changement. A la fin de l’année 2018, les prétentions de changement au Togo et les méthodes des acteurs qui parlaient au nom du « peuple en lutte » ne permettaient pas d’avoir l’adhésion de l’institution sous-régionale ou des principaux leaders régionaux. C’est un fait et un constat à faire pour évoluer ; et non pas un coup à encaisser pour faire groggy !

La nouvelle trajectoire de lutte pour l’alternance en 2020 requiert un nouveau positionnement des acteurs qui font face au régime arbitraire. Très vite, nous devons faire connaitre le ou les acteurs majeurs qui convoitent le pouvoir d’Etat, au niveau le plus élevé des Etats et des institutions. Il faut faire connaitre le projet politique que portent les acteurs du changement et solliciter des soutiens, moraux et/ou politiques voire financiers.

C’est en ces termes que se pose l’alternative pour le changement politique. C’est le devoir des hommes et des femmes qui veulent offrir à ce peuple un nouvel espoir basé sur une vision renouvelée de la société moderne, dans un contexte international maîtrisé.

Lire ma réflexion précédente: Le nouveau cap de la lutte pour le changement au Togo.

En ce qui me concerne, je participe à un tel projet : son maître mot est l’ENGAGEMENT, comme prise de position; sa philosophie s’inscrit dans la temporalité avec l’AVENIR comme référence; et sa méthodologie se conçoit par rapport à la PAIX pour tous les enfants du Togo et sur tous les plans. Ce projet en route depuis plusieurs mois prend corps au sein d’une organisation citoyenne dans laquelle je jouerai un rôle, au côté d’autres compatriotes de qualité. Nous voulons transformer le Togo, dans un élan collectif de rupture avec le statut quo. Nous sommes nombreux dans cette belle aventure. Ne ratez pas le rendez-vous !

Dany Ayida (Pour la patrie et par-delà le bien et le mal).

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3 thoughts on “Vers une alternative gagnante de changement politique au Togo

    1. Merci de votre aimable message. Je comprends votre amertume. Quand on a souvent échoué, on admet difficilement que les autres puissent avoir une vision réaliste.

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